Les mains dans les poches de mon manteau, je laisse le vent me souffler dans les yeux la fraîcheur du matin. Il est 7h40, et c’est l’Hiver depuis deux jours...
Tandis que les premières voitures défilent, génératrices du brouhaha ambiant, je hausse les épaules, enfouis ma tête dans les replis de l’écharpe qui vient me moucher le nez. Avec elles le vent se lève, comme un tourbillon qui balaierait leurs traces en nous aspirant dans leur sillage. Ancré sur mon trottoir, le dos rond et l’œil noir, je résiste pourtant vaillamment ; car j’ai un but, une raison d’être là qui me fait supporter la fraîcheur humide. Un leimotiv qui m’a fait me lever à 6h ce matin pas tout a fait pour rien. On pourrait la lire, cette raison, dans la petite lueur qui anime mon œil et ravive en moi un feu souterrain, occulte même. Ce feu qui fait que je tiens sur le pont, Telecaster en bandoulière, face aux premiers flocons accrochant mes sourcils.
J’ai confiance, l’heure approche et mon sourire grandit. J’ai du ‘Them Crooked Vultures’ dans les oreilles, survivance du culte du Zeppelin chez les Q.O.T.S.A, touchant au Nirvana par la batterie. Sur ces rythmiques un peu dures, mon pied battant la mesure, j’attends...