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La Lune Sous La Banquise...

(Photo : Gatrasz)

     C'est au matin d'une nuit sans Lune que le Jour les découvrit : enlacés tendrement, le Soleil et la Lune coulaient des instants passionnés sur un floconneux matelas d'espace et de temps détournés. Touts en lueurs et en rondeurs, ils roulaient ensemble en bouleversant l'ordre des Astres...

Sitôt découvert, le
Soleil bondit hors du lit pour regagner les Cieux, et occuper à sa place tournante ses fonctions de lumineux facteur ; la Lune resta stoïque, pâle et nue sur la couverture de nuages qui avait accueilli leur voluptueux délit, attendant de savoir quel serait son châtiment.

Le verdict arriva sans se faire désirer : les
Etoiles réunies en Tribunal extraordinaire votèrent l'exil de celle qui, dans l'intimité, se faisait appeler Sélène. La Lune se vit assignée d'autorité dans une résidence aux portes condamnées ; elle alla donc s'enterrer, à regret mais sans aucun remords, sous une vitre d'incassable banquise à travers laquelle elle pouvait, quelquefois, entrevoir son Aimé tournoyant au-dessus de l'horizon glacé...

La
Lune espérait que le Soleil saurait la trouver, et qu'il viendrait la retrouver, la réchauffer dans sa prison de givre aux confins des pôles. Qu'il lui caresserait les épaules, de la douce chaleur de ses rayons... La nuit, elle brillait sous la glace de tous les feux de leurs souvenirs torrides : ils l'empêchaient de s'éteindre, et ravivaient pour un temps la flamme de son espoir.

Touchées par une si belle confiance, les
Etoiles s'en émurent et rouvrirent son dossier. Le procès fut révisé, la Lune désincarcérée ; il était temps. Elle était devenue bien terne, ayant brûlé toute sa mémoire dans sa lampe de solitude. Mais enfin, elle vivait. Elle reprit son office, la gestion des marées ; lentement dégelé, son coeur redémarrait. Mais, aujourd'hui encore, on raconte qu'en secret, les nuits sans Lune elle rejoint son Soleil adoré ; et que nichée au creux de ses rayons brûlants d'Amour, elle oublie doucement les heures d'enfermement où la pudeur l'obligeait, de quelques feuilles, à cacher sa nudité parce qu'il n'était pas là pour la regarder...

Gatrasz.

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