Depuis le temps, je m'en suis rendu compte. Ce n'était pas difficile, en fait. Il est temps que je cesse de m'illusionner ; j'ai perdu trop de temps à chercher ailleurs un ennemi qui me ferait inexplicablement peur, qui me terrorriserait de l'intérieur. L'ennemi, c'est Lui ; c'est à dire Moi. Ce Moi que je n'arrive pas à cerner. Quand je me dis que j'ai peur, je me mens ; c'est à dire que c'est Lui qui me ment. Ce n'est pas la peur qui me paralyse, ce n'est pas la peur qui m'interdit d'être bien, d'être heureux. Ce n'est pas la peur qui me fait me recroqueviller dans un coin. C'est la Haine. Je me déteste, je me hais. Ce n'est pas que je n'ose pas, c'est que je m'interdis. Je ne peux pas me voir en peinture, je n'ai pas la moindre indulgence, aucune pitié. Uniquement de la détestation ; et ce n'est pas physique, ça, c'est moral. Je me prends pour cible, je m'acharne ; j'ai même bien failli me vaincre, parfois. Et physiquement, cette fois. Je ne sais pas encore pourquoi, mais un jour je saurai. Je comprendrai. Enfin, il vaudrait mieux. Parce que sinon, à force de me taper dessus, je vais finir par me faire mal...
Gatrasz.