Tu courais sur ton erre, fine et élancée goélette blanche Et moi, je n'étais pas indiqué sur les cartes Tu dérivais sans repères, où c'est écrit : "inexploré" Curieuse de voir ce qui allait t'arriver Et le hasard t'as jeté sur moi, lancée comme sur un écueil Tu t'es fracassée dans mes bras Mon corail éventrait ta coque blanche... Tu as laissé couler sur moi ta cargaison de mercure Comme une vengeance instantanée Je me suis pris dans tes filets Autour de nous les poissons fuyaient Cette affolante déclaration. Me voilà devenu l'autel de tes entrailles Tous deux unis dans un même sacrifice païen Ton ventre blanc collé au mien Esturgeon qui en harponne un autre Te voilà devenue oscillante épave Affalée à jamais sur mes pointes brisées Et tes haubans plantés dans mon coeur... Je te protège des grandes marées Mais les embruns que tu essuies finissent toujours sur mon dos Je te tiens à bout de bras dans mes doigts de pierre Fichés toujours plus profond en toi Je garde tes débris arrachés sur moi Collier de fleurs d'une vahiné Jamais je ne saurai t'oublier...