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Carnets de Gatrasz...

Primitif urbain [ tendance 'parfois désespéré' ] '' Stone Dead Tripper '' Scimmia...

Trois Tueurs... (3ème Partie) | 14 février 2008

[Frank Black - Robert Onion]
III - LE MARIAGE

Les semaines suivantes, nous étions restés sur nos gardes ; mais rien n'était arrivé. Deux assassins sur trois hors de combat, c'était probablement suffisant et le dernier avait sans doute préféré disparaître dans la nature. D'ailleurs, c'est justement la nature qui prit l'avantage dans le classement des préoccupations de tous, avec des pluies torrentielles qui provoquèrent de nombreuses et terribles crues. Ces intempéries ne surent cependant nous détourner complètement de ce qui à ce moment nous occupait à plein temps, à savoir les préparatifs de notre mariage. Depuis longtemps il était prévu pour cette période, et nous n'avions pas jugé nécessaire de le repousser pour une raison qui semblait de plus en plus mince ; surtout sachant la tournure que les choses avaient pris la dernière fois. En bref, nous pensions raisonnablement avoir réglé le problème de façon définitive.

La cérémonie se déroula tout à fait bien ; les objecteurs se turent à jamais, et nous entreprîmes de fêter l'évènement à la mesure de notre bonheur - c'est à dire sans limite. Nous avions pour cela réquisitionné la maison familiale d'amis qui possédaient, aussi, un jardin capable d'accueillir une cinquantaine de personnes joyeuses, des tables garnies de boissons et de la musique sans que des voisins y trouvent à redire... L'arrivée sur les lieux fut un peu perturbée par le fait que le chemin coupait un ruisseau en crue, le passage à gué s'avérant peu différent de l'apnée pour les véhicules les plus bas ; les moteurs noyés et les véhicules embourbés provoquèrent pas mal d'activité et de désordre pendant les préparatifs de la fête. Vers dix-neuf heures pourtant, comme l'obscurité tombait, tout était à peu près rentré dans l'ordre et chacun s'affairait à passer une soirée mémorable et à rencontrer les nombreuses têtes inconnues qui se croisaient ici pour la première fois. Il y avait des gens de toutes générations et de toutes origines, et pour tous les reconnaître il y aurait fort à faire. J'aurais par exemple été bien en peine d'identifier le type souriant, avec une casquette, qui m'offrit une bière vers vingt et une heures tandis que je passais près d'une des tables du buffet... Je la confiai à mon ami Jacques car j'avais un discours à faire ; puis j'interrogeai Mélanie en privé, soucieux de ne pas passer pour un goujat.
« Non, il ne me dit rien », assura-t-elle quand je lui eus sommairement décrit le bonhomme ; cette réponse me laissa perplexe. Diable, je le connaissais pourtant... Soudain, je me sentis blêmir alors qu'elle me fixait avec des yeux inquiets ; je revoyais ce sourire qui n'en était pas un, cette physionomie impassible, ce visage carré... Je l'imaginai rapidement sans casquette, vêtu de noir, dans une situation bien différente...c'était lui ! Le chef des trois meurtriers qui m'avaient attaqué par deux fois ; déguisé, dissimulé parmi les invités et profitant de l'obscurité relative pour passer inaperçu...

Je me souvins brutalement de la bière qu'il m'avait offerte, puis de Jacques.
« Ne bois pas ça ! », criai-je en le retrouvant tout à coup, la bouteille au bord des lèvres. « Tu tombes bien, s'esclaffa mon ami, j'allais oublier que c'était la tienne... » Il hoqueta de surprise en me voyant la vider prestement dans l'herbe, mais je l'entraînai à ma suite à la recherche de l'individu en lui expliquant la situation. Comme il savait ce qui m'était arrivé, il comprit ; et nous passâmes les invités aussitôt en revue. Il ne nous fallut pas longtemps ; l'homme évoluait en marge du groupe et surtout des lumières, et c'est ce qui le trahit. Je poussai un cri en le voyant s'échapper vers le chemin, et partis à sa poursuite en entraînant plusieurs autres convives avec moi. Le tueur avait pris de l'avance, mais pris dans le faisceau des lampes que nous braquions sur lui, il devrait bien s'arrêter au niveau du ruisseau en crue. Tenter de traverser eût été, incontestablement, une folie... Se voyant pris, il hésita pourtant ; puis il revint vers nous à contrecœur.
« Attendez... »
C'était trop tard. Nous étions tous d'accord ; il fut saisi au collet, roué de coup et précipité, inconscient, dans les flots déchaînés. Un instant, il tourbillonna à la surface dans la lumière des lampes électriques, puis disparut définitivement. C'était fini.

Du coup, débordant d'allégresse, nous partîmes en virée dans les environs, chantant à tue-tête ; même Mélanie, un peu ivre, s'était jointe à nous. Il nous fallait expulser la joie, le soulagement de cette libération par un quelconque moyen. Le saccage d'un supermarché voisin nous calma un peu. Errant parmi les rayons ravagés, riant tout seul, couvert de farine et de peinture, je me sentis vaguement béat ; trébuchant sur des boîtes de gâteaux éventrés, je songeai qu'il en fallait peu finalement. Pour faire basculer une vie. Sans raison...

Gatrasz.

Publié par Gatrasz à 10:07:55 dans Rêves (Sur)Saturés... | Commentaires (6) |

Trois Tueurs... (2ème Partie) | 13 février 2008


II - L'AFFRONTEMENT

J'errais dans les rues avec ma promise ; cette ville fantôme où nous nous étions donnés rendez-vous nous appartenait pour un moment, chaque maison était un peu la nôtre et nous glosions sur les raisons qui avaient poussé les gens, à la fermeture de l'usine, à déserter la cité de béton et de briques aux voies pavées à peine usées par les roues des camions et les chaussures des passants. Quelques badauds parce qu'on était dimanche ; à part cela, personne ne venait plus ici ; et je ne pensais plus aux trois types qui m'avaient attaqué sur la route. Je me disais qu'ils s'étaient trompés, qu'ils m'avaient confondu avec un PDG ou un politicien véreux et qu'une fois leur erreur comprise, ils s'effaceraient de ma vie comme un mauvais rêve. Quoi de plus normal ? Tout ne bascule pas comme ça, sans raison... Mélanie pensait comme moi ; voir tout en noir n'était pas dans ses habitudes. Cependant, une légère angoisse persistait, comme un petit nuage de cette journée passée dans le ciel tout bleu du présent. Un soupçon, qui me fit frissonner quand le bruit du vent rappela le vide intense de toute humanité dans cette ville morte et éloignée de tout. Un doute aussi, une superstition qui me fit me retourner pour regarder la rue déserte ; ils étaient là.

Tous les trois ; ils nous regardaient, tranquilles, un brin moqueurs dans leur sourire en coin. L'air amusé du chasseur attendri par la pauvre ruse de sa proie, et qui n'en va pas moins l'abattre une fois lassé de ces enfantillages. Ils avaient sous le bras d'autres armes, plus grandes et plus impressionnantes ; de ces fusils qu'on utilise dans les parcs pour endormir les éléphants ou les bêtes enragées. Le plus jeune épaula quand j'entraînai Mélanie dans une ruelle adjacente, et une capsule équipée d'une aiguille vint se fracasser sur le mur au-dessus de nos têtes. Le jeu que nous jouâmes sur ce terrain tenait autant de la guérilla que du jeu d'échecs ; j'ignorais la raison de leur changement d'arme, mais je tenais pour certain qu'ils voulaient ma mort. Ils me l'avaient dit une fois déjà, et c'était largement suffisant. C'est pourquoi quand j'en eus l'occasion, j'abattis le tueur chauve avec l'arme que son collègue avait laissée sur le plancher de ma voiture, à notre précédente rencontre. Je restai un moment immobile après, en face de son cadavre, un peu remué au fond de moi par ce que je venais de faire ; mais il le fallait. C'était aussi un avertissement : après tout, ils m'avaient attaqué avec de vraies balles la première fois... Je rejoignis mon amie avec le fusil à fléchettes de ma victime.

Le but n'était pas de les tuer un par un ; il fallait faire sortir Mélanie indemne de cet enfer, le reste m'importait peu. Je l'entraînai en courant dans un passage qui, me semblait-il, ramenait au parking ; comme nous allions y parvenir, une silhouette se dressa sur le toit d'une maison vide. Je vis son reflet au dernier moment dans le pare-brise d'une berline, mais quand je me retournai il était trop tard : Mélanie s'effondrait dans mes jambes, deux aiguilles plantées dans le dos de sa robe. J'expédiai rageusement une rafale de fléchettes en direction du tireur, mais il avait déjà disparu... Je portai ensuite Mélanie dans la voiture, et constatai qu'elle respirait normalement ; Dieu merci, les capsules ne contenaient qu'un somnifère. Puis je m'installai au volant et démarrai en trombe. Le dernier tueur apparut devant mon capot quand nous allions sortir du parking ; je ne fis aucun mouvement pour l'éviter. En fait, je baissai la tête et appuyai sur l'accélérateur, les bras tendus dans l'attente du choc. Son corps brisé s'envola par-dessus le pare-brise fracassé, mais je n'avais pas dévié ma trajectoire d'un pouce ; après la découverte du corps de leur collègue ils auraient dû savoir que je ne plaisantais plus.

-A suivre-

Gatrasz.

Publié par Gatrasz à 09:40:41 dans Rêves (Sur)Saturés... | Commentaires (2) |

Trois Tueurs... (1ère Partie) | 11 février 2008


I - L'ANNONCE

Je roulais à vive allure, en ce matin de février, à travers les bois noirs sur la route humide et froide qui serpentait paresseusement comme les méandres d'une rivière sous les cieux gris ; c'était comme un courant qui m'emportait, un bateau que je dirigeais sur un chenal mouvant d'asphalte. Il y avait quelque chose d'irrémédiable dans tout cela, un destin qui s'accomplissait à travers ce trajet maintes fois répété. Prévue aussi la pause que je fis, m'engageant dans un chemin de terre pour m'arrêter au milieu des arbres et me dégourdir un peu les jambes. Cependant, alors que je me retournais pour refermer ma portière, il y eut un choc sur ma nuque, et je perdis connaissance...

Je me réveillai à plat ventre dans la boue et les feuilles mortes ; tournant la tête, je vis ma voiture à une dizaine de mètres sur la gauche. Que m'était-il arrivé ? Certainement pas un voleur, puisque la voiture était toujours là. Je me relevai gauchement ; et en me retournant, je les vis. Ils étaient trois, en face de moi sur le chemin, répartis en arc de cercle. Au centre un individu au visage carré, les cheveux grisonnant et l'air impassible ; à droite, un type plus jeune aux cheveux longs et noirs - comme les vêtements qu'ils portaient tous. Le troisième, sur la gauche, portait des lunettes de soleil et son visage fermé complétait son austérité d'un crâne méticuleusement rasé. Chacun portait une arme, un long pistolet à silencieux avec lequel ils jouaient nonchalamment.

«
Que...que voulez-vous ? dis-je en reculant d'un pas, me heurtant du même coup au tronc d'un chêne qui m'arrêta.
_
Nous sommes ici pour vous tuer, répondit posément le plus âgé des trois, avec un rictus qui pouvait passer pour un sourire.
_
Pourquoi suis-je toujours en vie, alors ? Vous auriez pu...
_Pour nous, vous êtes déjà mort ; nous tenions à vous le faire savoir.
»

Ils se détournèrent ensuite, comme si le moment n'était pas encore venu et qu'ils attendaient quelque chose ; celui de gauche fit quelques pas en direction de la route. Le plus âgé, les bras derrière le dos, regardait ailleurs : quant au troisième, il se dirigea vers ma voiture et s'installa à la place du conducteur. Saisissant l'instant comme une chance, je me baissai et courus dans sa direction tandis qu'un cri éclatait derrière moi. Je trébuchai en y arrivant, et une balle étoila le rétroviseur au-dessus de moi ; puis je sautai par-dessus le capot. L'homme assis à l'intérieur sortit précipitamment, mais je rabattis violemment la portière sur lui et il s'effondra dans un cri perçant. Je démarrai sur les chapeaux de roues ; les pneus patinèrent un instant dans la boue puis la voiture bondit, et je décrivis une courbe pour faire demi-tour et filer vers la route. Au passage, je manquai de renverser l'un des hommes qui se trouvait sur le chemin ; dans mon rétroviseur je les vis debout tous deux, de plus en plus loin derrière. Les bras ballants, ils me regardaient partir ; et je crus lire sur la physionomie du plus vieux le même sourire un peu narquois tandis que je m'enfuyais...

-A suivre-

Gatrasz.

Publié par Gatrasz à 14:45:15 dans Rêves (Sur)Saturés... | Commentaires (4) |

Branchés... | 05 février 2008

(C'est barré, c'est Frenchmat qui m'y a fait penser)

Salut. Je m'appelle Jarwhal, et je suis pompiste ; d'autres diraient barman. Je préfère pompiste parce que c'est un métier qui a disparu il y a bien longtemps, en même temps que le pétrole et les voitures. Je n'étais même pas né, à l'époque... En fait, c'est moi que vous rencontrez de l'autre côté du bar quand vous descendez dans les « Profondeurs », ces dérivés très, très lointains des bouges, des boîtes et des tripots. C'est moi qui vous indique le box qui vous conviendra, et c'est à moi que vous dîtes à quoi vous tournez. AB, O+, O-... Bref, vous connaissez le système. Non ? Ah, vous êtes nouveau, c'est pour ça...

Nous sommes dans un de ces établissements souterrains équipés de pompes à sang ; les gens y viennent quand ils se sentent un peu paumés, en manque de sensations ou tout simplement trop fatigués pour faire autre chose
(vous comprenez bien que le soir, nous sommes quasiment toujours complets...). Les boxes, tout autour de la pièce, accueillent des pompes connectées à la Banque Centrale du Sang ; venez, approchez, je vais vous montrer ça. D'abord le bar ; tous les types de sang sont disponibles : A, B, O, Rhésus +/-... Mettez votre doigt ici - voilà. Nous avons tout : groupe sanguin, rhésus. Je les sélectionne à l'aide de ces deux commutateurs ; ensuite, vous gagnez la place que je vous désigne. Sortez l'embout en métal du bain d'alcool antiseptique, et connectez-vous. Après ? C'est bien simple, votre circulation sanguine est prise en charge par le système pneumatique, à une pression qui est déterminée à l'avance en fonction du pied que vous voulez prendre. Bien sûr, tout un tas de contrôleurs biométriques sont intégrés dans la machine pour éviter les conditions trop extrêmes, les ruptures de vaisseaux, ce genre de choses ; personne ici ne veut vous voir ressortir à la surface sous forme de macchabée... Des infections ? Non, pas à ma connaissance. Et puis, derrière chaque point de connexion au réseau il y a un "bouclier sanitaire", une espèce de filtre qui sert à la fois de "rein" artificiel et de barrière contre vos virus, bactéries ou parasites éventuels. Au tout début de la pratique, on a eu des villes et des stations qui ne respectaient pas les directives de filtrage ou se passaient de bouclier ; cela a provoqué des épidémies locales, et je ne vous parle même pas des branchements pirates qui ne contrôlaient pas les caractéristiques du sang... Depuis, la législation s'est durcie. Nous ne sommes jamais à l'abri d'une descente des services sanitaires ; personnellement, je n'en ai jamais vu. Mais que pourraient-ils trouver ? Nous sommes en règle. Quelques substances illicites dans les effets des consommateurs, et encore... Dans le sang ? Non, nous ne sommes pas habilités à trafiquer la composition du sang ; encore que certains ne se privent pas. Ils savent bien qu'en principe le bouclier sanitaire est efficace contre toute pénétration de substances indésirables dans le réseau. En principe... Par contre, il existe des établissements haut-de-gamme qui vous proposent d'élaborer vous-même votre cocktail sanguin ; ça vous coûtera un max' mais vous pourrez vous envoyer n'importe quelle saloperie, plus ou moins légalement. Hein ? Oui, en théorie ils sont soumis à la loi, comme tout le monde ; mais au tarif qu'ils réclament ils peuvent se payer un matos autrement plus pointu que la moyenne, et puis ça leur fait aussi de quoi payer les amendes. Nous, ici, on n'a pas besoin de ça. Défonce bas-de-gamme pour citoyens très, très moyens. Parce c'est quand même la grande majorité des gens, de nos jours : je suppose que je ne vous apprends rien... Enfin, je vous laisse, vous êtes branché et je vois déjà vos yeux qui basculent. Je suis derrière le bar, si vous me cherchez ; demandez le pompiste...

Gatrasz.

Publié par Gatrasz à 11:55:52 dans Trash and Chemical Kisses... | Commentaires (6) |

L'Âge De L'Immoralité... | 28 janvier 2008


Je regarde les arbres, à travers le grillage de la cour. Les assauts de l'Hiver les ont durement éprouvés ; mais ils sont toujours là, résistants. Ils renaissent, leur détermination à survivre n'a pas faibli ; de même, j'ai tenu le coup. Je me sens comme ces arbres, la sève coule de nouveau en moi et le Soleil me réchauffe. Bientôt je partirai d'ici ; le grillage électrifié ne m'arrêtera pas, je serai...libre.

Les raisons qui m'ont fait enfermer ici ne tiennent pas la route ; je ne suis pas un monstre. Ils le savent bien, d'ailleurs, et je connais deux personnes au moins qui travaillent à ma libération. Ma réhabilitation, disent-ils... Je m'en moque. Je ne veux pas faire de bruit, pas apparaître dans les journaux, non. Une fois les portes ouvertes, je m'en irai sur la route, simplement, les mains dans les poches et les cheveux soufflés par le vent du Printemps...

"Il faut le libérer, Trevor ; ça ne peut plus durer, ça n'a aucun sens...
_Ce n'est pas ce que tu disais hier matin, répondit Trevor avec autant d'ironie dans les mots que dans la physionomie.
Mlle Cyrille McKenny se tourna vers Buddy (qui la dévisageait, horrifié) et rougit :
_Hem...ne faîtes pas attention à ce qu'il dit.
Trevor Haynes se racla la gorge bruyamment.
_Bien sûr, Buddy ; le fait que Cyrille...euh, Maître McKenny et moi-même passions certaines nuits ensemble n'a évidemment aucune incidence sur cette affaire... Quant à ce pauvre garçon, si vous tenez absolument à le faire sortir, je...hem...en fin de compte, je ne vois rien qui puisse s'opposer à ce que...

J'erre à présent le long du lac gelé sur le chemin de terre que je connais si bien. Le Soleil bas sur l'horizon réverbère sa pâle lumière sur la glace qui craque et qui gémit sous sa chaude caresse ; loin, au milieu du lac, existe une petite zone d'eau libre, comme le jaune au centre d'un oeuf sur le plat, comme le coeur fondant d'une bûche glacée. Ou le coeur d'une Finlandaise amoureuse...
Je n'ai pas attendu qu'ils viennent m'ouvrir la porte ; ce matin, j'ai eu 19 ans et je me suis volatilisé. J'ai franchi le mur électrifié. Des regrets ? Ni avant, ni après. Je laisse là le lac et reprends mon chemin vers le fond des bois de sapins qui à perte de vue s'étendent autour des prairies glacées que la route avec moi traverse. Les poings noués dans les poches de mon court manteau, je n'abandonne derrière moi qu'un nuage aussi régulier qu'éphémère, et les traces de mes pas que personne ne songerait à suivre...

Allongé sur ce vieux canapé, je suis tout simplement bien. Ce petit bout de femme à califourchon sur mon estomac s'amuse ; petit, tout petit bout de femme. Mais au regard et aux traits d'une maturité que ne laisserait jamais supposer son état-civil...
Comment vous décrire cet amour-là ? Fait d'entente et de gestes anodins, d'espoir et d'attente du jour encore lointain de sa concrétisation. Comme une fraternité d'accueil qui aurait mal tourné dans nos esprits que seul l'âge sépare, en attendant que ça n'ait plus d'importance. "
Un jour, on se mariera, c'est sûr...", me dit-elle ; jamais je n'aurai envie de la contredire...
Mais il y a eux. Ses parents, évidemment. Parce qu'ils n'ont pas confiance, parce qu'ils se méfient de moi ; parce qu'ils ne nous écoutent pas. Ni elle, ni moi. Elle ne sent que la crainte, la défiance, moi je sens de l'hostilité. De la haine qui bouillonne. Un meurtre par principe de précaution ; leur esprit me ronge déjà de l'intérieur, j'ai l'impression de sentir le cancer qui me dévore et qui veut sortir, s'exhiber, me narguer. C'est un monstre avec leur tête qui s'insinue en moi quand je dors pour ne pas me laisser le temps. Quand ils m'auront mangé, elle en trouvera un autre ; et moi je caresserai les racines des pissenlits et des coquelicots... Pourquoi ? Pourquoi pas ?

Gatrasz.

Publié par Gatrasz à 11:31:45 dans Rêves (Sur)Saturés... | Commentaires (7) |

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Et sinon...


...je vous rappelle que je suis aussi l'auteur de quelques petites chansons (francophones) pour : ce groupe ; elles y sont ou elles y sont pas, vous verrez :)...

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La Twal' de mon Rhézo...

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