Catharsis in the Underground Kingdom... | 03 avril 2008
[The Young Gods - Gasoline Man]
(God Save my Rock N'Roll Queen)
Sur une piste tout sauf lumineuse, où seules dansaient les horreurs qu'un vigile sans imagination avait laissé passer, j'ondulais ma couenne liquoreuse aux relents fiévreux de tristesse oubliée. J'avais dit que je danserais, à défaut d'une corde j'avais choisi les planches épineuses, et plus rien ne pouvait m'empêcher d'exprimer ici le jus de mes regrets, fruit de mes attentes pour le moins déçues et des cadeaux aussi inattendus qu'empoisonnés de la vie à la surface. Qu'on est mieux aux étages inférieurs, où la boue noire des crimes accomplis là -haut ne colle plus aux basques mais s'écoule, liquide... Je glisse sur des flaques qui ne sont plus du sang, au détour des pogos où les crêteux m'entraînent avec une joie féroce. Dans la cage derrière moi, les musiciens jouent leur vie douloureuse en écornant leurs doigts électriques sur les cordes grasses d'un rock bien acide, la sueur d'un Lou Reed
noie les amplis saturés à bloc. Des yeux blancs me visent et à chaque coup me manquent, se raccrochent à une jambe ou à un riff pour ne pas tourner du globe ; ils voudraient rire d'eux-mêmes mais ils sont trop essoufflés pour ça. Comment leur faire comprendre qu'ils s'agitent en cherchant la lumière sur une piste aux étoiles mortes depuis longtemps, sous une musique dépressive qui n'est toujours que sauts du haut des falaises , message dans une bouteille confiée à la mer des sanglots de nos frères qui font couler la weed
 ? Tous ils finiront par craquer... Je terminerai seul debout de la tribu de Dana sous mes vêtements glauques et plus personne sous mes bottes ferrées, j'ai vu la mort se marrer et ramasser ceux qui restaient ; enfin sur les genoux je serai dans le stupre et l'essence (salée)
de toxines expurgées par l'effort inutile sacrifié aux divinités mortes, là -dessous enfouies dans une nécropole que les pas répétés des danseurs ont scellée sous la terre tassée. Elles ne remonteront pas, les terreurs qu'on y oublie ; plût aux vivants qu'après ma mort, on ne m'enterre pas si profond que je les y retrouve...
Gatrasz.
Publié par Gatrasz à 14:51:34 dans Trash and Chemical Kisses...
|
Commentaires (3)
|
Permaliens
[Z]écoutes Téléphoni[ri]ques... | 31 mars 2008
(Produit verbalisé fortement alcoolisé sous caution géologique associative)
Je ne suis plus tranquille ; jusque dans mes rêves ils m'écoutent. Ils ont placé des micros entre mes méninges, mes délires nocturnes passent en radio sur les fréquences confidentielles. Ils savent ce que mon inconscient complote, ils me connaissent comme personne [même moi]
ne me connaît. Mes moindres pensées leurs sont connues, mon esprit leur apparaît à nu. Mes rêves font fantasmer la Brigade des Stup'
, mes cauchemars font clignoter la lumière rouge aux Renseignements Généraux
. Je ne dors plus ; je conspire quand tu transpires. J'expire quand tu respires. Et ils retiennent leur souffle...
Gatrasz.
Publié par Gatrasz à 10:15:25 dans SchizoFrenesy...
|
Commentaires (1)
|
Permaliens
Jusque Dans Mon Lit... | 20 mars 2008
(Je vous assure, ceci n'est qu'un cauchemar...) Je regardais le pauvre crétin qui s'était hissé en haut de l'immeuble ; un type que j'aurais voulu ne pas reconnaître. Malheureusement, c'était bien Clément qui s'agitait là -haut, dans son costume débraillé d'apprenti-banquier débauché au beau milieu de l'après-midi. Il avait attiré l'attention d'un passant de taille respectable, un grand escogriffe que je reconnus soudain en avalant discrètement ma salive ; gloups. Le président...enfin, l'ex-président Chirac en papy souriant et bien entretenu, les mains dans ses poches sombres aux profondeurs telles que le fisc lui-même s'y égarerait sans doute. Mais non, le bras long mais respectueux de la Justice ne lui tapait pas sur l'épaule en ce matin calme et ensoleillé. L'homme d'Etat retiré des affaires clignait de l'œil en observant les oiseaux qui tournaient autour de la tête de Clem'. Clément, qui au cours de sa démonstration stupide jouait l'équilibriste alcoolique : il tournait sur lui-même, et son numéro de funambule ivre le menait vers un grand sac de toile tendu entre quatre piliers de béton. Je le voyais déjà tomber puis rebondir tristement, sous l'œil des témoins qui en avaient vu bien d'autres. Je me détournai donc, plein d'un mépris rageur pour le pétage de câble empesé de cet employé d'un bureau de change sur la Côte-d'Azur ; il n'y avait rien de contestataire là -dedans...
Je heurtai du coup un petit homme venant au cœur d'un groupe compact que je n'avais pas vu s'approcher - ils marchaient trop vite. Il poussa un cri et je tombai, empoigné et cloué au sol par de solides gros bras. Quelle idée avais-je eue aussi d'aller me retourner au moment où précisément, allez savoir comment et pourquoi, Nicolas Sarkozy s'offrait avec ses gardes du corps une petite ballade sur le front de mer ? Pris de pitié sans doute malgré mon allure de lève-tard, il congédia d'un geste les gorilles qui disparurent dans les palmiers tout proches, et m'invita à la terrasse du plus proche hôtel pour discuter un peu. Vous imaginez ma surprise, mais j'acceptai quand même. Là , il me demanda sans ambages pourquoi je l'avais bousculé. Je me voyais mal lui expliquer mes théories sur la colère et la contestation du capitalisme-tyran ; il me fallait trouver autre chose, et je réfléchis profondément. Pendant mon recueillement presque métaphysique, une longue silhouette diaphane s'approcha en ondulant du bassin, de la démarche souple et assurée du guépard éthiopien. La blanche créature passa près de nous, effleurant du bout des doigts mon interlocuteur : « Que fais-tu avec ce morveux, mon chéri ? Il a l'air d'un clochard, à ta place je ne me compromettrais pas avec lui...
» Les mots de l'amazone (que je ne nommerai pas, hein)
firent immédiatement effet sur lui ; Nicolas Sarkozy se raidit sur sa chaise, et je vis ses traits se contracter tandis qu'une distance nouvelle tombait, ou plutôt retombait entre nous. J'ouvris la bouche, mais il ne me laissa pas le temps d'en placer une et m'annonça de but en blanc que je m'étais mis en le bousculant dans une foutue situation, vraiment... Je compris que je n'allais pas m'en sortir. Il fallait m'échapper, là , tout de suite, ou sinon j'irais croupir dans un centre de détention quelconque - avant d'être envoyé dare-dare par charter dans le premier pays auquel on pourrait associer ma condition d'apatride ; et je n'avais pas le moins du monde envie de savoir lequel. Je pivotai donc sur ma chaise et, plongeant à travers les buissons décoratifs de la terrasse, je disparus dans la plus proche ruelle.
Depuis je vis terré dans une cave humide et obscure où je suis arrivé tremblant, traqué par toutes les polices de France ; ma retraite sordide est partagée par de sombres hommes politiques en disgrâce ou qu'on croyait morts depuis longtemps. Des silhouettes alourdies qui ressemblent un peu à Balladur ou à Pasqua, ou à d'autres qu'on a cité plus récemment sur les radios et le reste à l'occasion des élections; mais je fais semblant de ne pas les voir et tout va presque bien. Par la grille de caniveau du plafond entre un peu de lumière et coule un peu d'eau. Un complice nous nourrit, mais j'ai peur qu'un appel à dénonciation anonyme ne l'amène à nous vendre au tarif de gros. Alors, avant de disparaître, définitivement étouffé par la censure, je vous envoie ce petit mot sur un bout de journal délavé, plié en forme de petit bateau abandonné dans le caniveau...
Gatrasz.
Publié par Gatrasz à 15:08:48 dans Rêves (Sur)Saturés...
|
Commentaires (2)
|
Permaliens
L'Extraction Du Poilu Octobre... | 26 février 2008
C'était en novembre 1917 ; en France, dans les tranchées noires et boueuses du gigantesque champ de bataille national survolé par les quelques corbeaux que les gaz de combat n'avaient pas encore étouffés. Cramponné à son fusil hors d'usage et la baïonnette plantée dans l'eau sale au fond de son trou d'obus, le vieux sergent Félicien Octobre attendait la fin de l'attaque avec une balle dans l'épaule gauche et une petite larme à l'œil droit. Tous ses hommes blessés ou tués dans la charge tragique qui l'avait mené là , à cinquante mètres des lignes dans une zone pilonnée par l'artillerie allemande...
« Pourquoi , songeait-il entre ses dents cassées, pourquoi sont-y tous tués, mes hommes ? Z'ont-y perdu un troufion, les Boches ? Non, pas un, Sainte Mère !
Il y eut au-dessus de lui un éclatement, très bas, qui interrompit un moment ses pensées. Puis une voix s'éleva derrière lui :
_Ne crains rien, Félicien Octobre. Tes questions trouveront aujourd'hui une réponse.
Recroquevillé dans la glaise, Félicien se retourna d'un bloc, pointant son fusil tordu vers une haute silhouette blanche vêtue d'une aube comme les communiants et coiffée d'un casque de bronze resplendissant mais - pensa Félicien - dépareillé.
_Qui...qui êtes-vous ? bredouilla-t-il entre les poils de sa moustache boueuse.
_ Je suis l'Ange de la Mort, et j'ai entendu ton appel. La cause de la mort de tes hommes ? Tu la connais ; pour vous autres, l'artillerie ne fait pas de cadeaux...
_Il n'y a pas de raison plus...haute ?!
L'esprit de Félicien menaçait fort de s'égarer ; aussi l'Ange s'empressa-t-il d'ajouter :
_Bien sûr, oui ; Dieu les a rappelés à lui, si tu préfères. Ils avaient fait leur temps, ils étaient marqués du sceau du Destin. Mais...nous avons d'autres projets pour toi, Félicien Octobre. Suis-moi. »
Subjugué, le poilu rejoignit l'Ange qui lui donna la main ; il ne remarqua pas le sourire rusé du messager divin qui refermait ses doigts comme une griffe sur la main du pauvre homme. Ensemble ils coururent vers les lignes sans peur, et là , l'impossible se produisit : un Miracle
. Un obus tomba précisément dans le trou qu'ils franchissaient d'un bond, et ils disparurent ; Dieu sait pourtant que deux projectiles ne tombent jamais, jamais au même endroit...
Depuis, tandis que ses camarades reposent paisiblement dans les limbes, le vieux Félicien Octobre, maintenant sans âge, entraîne pour le combat des légions d'Anges qu'on dit invincibles. Il en voit, et il en voit passer, de ces têtes blondes au regard arrogant ; et parfois il se demande, le pauvre, s'il n'est pas un peu passé à l'ennemi. En attendant que l'Eternité passe, il songe à l'heure de la retraite. Mais il sait bien, ce brave homme, qu'elle ne viendra jamais...
Gatrasz.
Publié par Gatrasz à 14:49:53 dans Aventures Scripturales...
|
Commentaires (8)
|
Permaliens
Ma Tête Est Occupée Par Des Fous Sanguinaires... | 15 février 2008
C'est toujours dans un état second qu'ils me prennent, pour que je ne pense pas à fuir ; et tout seul, pour que je ne puisse pas m'accrocher à Toi. Quand je m'endors, ou quand je n'y arrive pas ; parfois, c'est une voix dont les fragments m'atteignent comme des éclats d'obus. C'est un murmure, un indéchiffrable soliloque ou une conversation embrouillée, comme s'il y avait de la friture sur la ligne. C'est un peu comme capter les radios slovaques, on entend mais on ne saisit rien qu'une sensation vague ; on ne veut à aucun prix comprendre ce qui se dit là -dedans, mais parfois de son timbre en surimpression elle
me glisse un : « rejoins-nous » très net, presque tranchant et mon sang se glace. Mon esprit s'arrête et je quitte les rails, je me souviens que je ne peux pas me cacher d' elle
. D' eux
, devrais-je dire ; parfois c'est un rire, qui résonne au milieu de la nuit comme un coup de feu et qui n'en finit pas d'enfler dans ma tête. Une hilarité folle, le ricanement d'un dément qui devient multiple et se décompose en tonalités épouvantables, inhumaines. Le cri du singe dans mon ventre (les garçons aussi feraient des grossesses nerveuses ?) qui transpire d'angoisse devant les yeux vides de cette chose qui nous entoure de ses bras morts. C'est une caresse intangible qui vous fait dresser les poils, sur une peau qui devient glacée. Un contact anormal qui vous rattache à une horreur sans nom. Avant, je buvais pour y échapper ; mais ça leur a trop plu. Fumer, c'eût été pareil. Ils s'en nourrissaient, ils en réclamaient toujours plus, alors j'ai appris à les en priver ; mais ils grondent et trouvent d'autres chemins. A présent, je sais pourquoi j'écris ; mais, par pitié, éloignez-vous de l'écran si vous me lisez. Je ne voudrais pas qu'ils s'approchent trop, qu'ils vous happent... Jamais je n'aurais dû laisser quelqu'un lire ça. Pardon. Mais il fallait ; c'est trop lourd, sinon. Trop pesant. Trop dur à digérer seul, un peu comme les plats chinois. Un lavage d'estomac, ça n'y ferait rien ; la seule fuite se fait à travers mes doigts, le clavier et les crayons s'en souviendront longtemps. Mes stylos s'épuisent à la tâche, et mes HB dans le taille-crayons allègent leur mémoire : ils en font des copeaux. La mienne, j'en fais des feuillets comme en son temps le Docteur Mabuse de Fritz Lang. En espérant que ce testament sera mis avec moi dans le coffre, pour que je pèse le bon poids sur la Balance de Cerbère, d'Anubis ou de Saint Pierre. On verra...
Gatrasz.
Publié par Gatrasz à 16:05:26 dans Ombres DePression...
|
Commentaires (3)
|
Permaliens
Co-Men(ta)teurs