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Carnets de Gatrasz...

Primitif urbain [ tendance 'parfois désespéré' ] '' Stone Dead Tripper '' Scimmia...

Conte du Dragon et de la Création du Monde... (1) | 13 décembre 2006

Episode 1. Le Dragon

Au commencement du Monde, il y avait les Dieux. En réalité, il n'y avait même que les Dieux. D'abord ils créèrent la Mer, puis la Terre; et sur cette Terre ils placèrent les Montagnes et les Forêts. Lorsque cela fut fini, toutes sortes de Créatures vinrent s'y établir; des créatures maintenant si rares qu'on ne les trouve plus, sinon dans les vieilles légendes ainsi que, croit-on, au plus profond de certaines cavernes, mais elles se trouvaient alors en grand nombre sur toute la surface de la Terre. Elles étaient d'ailleurs si nombreuses que les Dieux eux-mêmes s'en inquiétèrent, car elles n'étaient pas issues de leur volonté; craignant pour leur tranquilité, ils créèrent le Ciel pour se cacher de la vue des Créatures et les Nuages pour dissimuler les Créatures à leurs yeux, car toutes étaient fantastiques, et la majorité d'entre elles étaient hideuses.

Sur la plus haute Montagne élut domicile un Dragon; peut-être était-ce le plus gros, le plus grand des dragons, ou peut-être le croyait-il simplement. Il se peut également que ce fût alors le tout premier dragon de la Terre; personne ne le sait. Cela a sans doute été perdu, comme tant d'autres choses.

Chaque matin, le Dragon se laissait glisser du haut de la Montagne jusqu'aux rivages de la Mer pour s'y abreuver; on ignore aujourd'hui ce que mangeait le Dragon, mais il était bien évidemment soumis à la soif, comme tout être vivant sur la Terre. Il quittait donc quotidiennement son antre pour étancher sa soif; lorsqu'il glissait le long des flancs de la Montagne, les dures écailles de son ventre frottaient contre le sol et y creusaient de profonds sillons, larges comme des vallées. Et c'est bien ce dont il s'agissait; ainsi apparurent les vallées aux flancs de la Montagne. Le sable et les rochers que le Dragon entraînait avec lui roulèrent jusque dans la Mer, et ainsi furent formées les îles.

On raconte que pour le Dragon, chaque année équivalait à un jour. Il s'éveillait avec le Printemps : c'est alors qu'il descendait de sa Montagne. La Nature elle aussi s'éveillait, et du plus loin qu'on eût pu voir, les alentours se couvraient d'herbe et de fleurs, et les arbres poussaient. Le Dragon, lui, se baignait dans l'eau fraîche de la Mer, au bas de la Montagne. Lorsqu'arrivait l'Eté, il sortait se prélasser sur les rochers. C'est, dit-on, la saison qu'il préférait. Puis quand survenait l'Automne il s'en allait en quête de nourriture, parfois jusque dans les Forêts avoisinantes. Ce dont il se nourrissait, l'on serait bien en peine de le dire; mais on sait que les Créatures se faisaient rares dans les régions que fréquentait le Dragon, soit qu'il les dévorât, soit qu'elles eussent assez peur de lui pour le fuir. C'est probablement pour cette raison que l'on en a jamais rencontré depuis à moins d'une dizaine de jours de marche de la Montagne. Cependant, c'est du Dragon seulement qu'il est question ici. Ce dernier, repu, regagnait finalement son antre au sommet de la Montagne pour y dormir, tandis que la nuit blanche de l'Hiver s'étendait sur toute la surface de la Terre...

Gatrasz.

Publié par Gatrasz à 13:49:23 dans Contes Borégaldiens (Etc...) | Commentaires (9) |

Le mauvais sens... (Autocombustion) | 13 décembre 2006


Ce matin, premières gelées.
J'aime sentir le froid fondre sur ma peau
C'est comme le fin grésillement
De la Vie...

Un sentiment. Un
sentiment... Cela peut sembler tout bête, dit comme ça ; mais ça ne l'est pas. Pas quand on s'est cru longtemps incapable d'en avoir, et que, poussé par la peur d'être un monstre, on s'en est infligé de sauvages, en-dedans, des sentiments. A s'en ronger la poitrine de l'intérieur, jusqu'à se brûler...

Et cela, jusque dans mes rêves. Le sommum, je crois que je l'ai atteint juste après mon bac, en juillet 2003 donc.
Dans ce rêve-là, je venais de tomber amoureux ; et puis ma copine (on était en 1943, en Italie) se faisait arrêter par les fascistes italiens pour avoir collaboré avec un réseau de Partisans (faut dire, moi j'étais un pilote américain abattu qu'elle avait recueilli). Ensuite, elle se faisait torturer, violer, trois jours durant ; et on la rejetait sur le pavé, abandonnée, détruite... Comme tout le monde se désintéressait d'elle, je décidais de l'aider à se reconstruire, autant qu'il me serait possible, même si personne ne nous soutenait. Me sacrifier s'il le fallait pour qu'elle arrive, peut-être, un jour, à reprendre goût à la vie...
Ce n'était pas facile ; nous nous installions dans une maison isolée, sur le flanc d'une montagne. Et là, je tâchais de lui réapprendre les gestes élémentaires de l'existence, comme à une enfant. Le plus souvent, elle restait prostrée, elle ne parlait plus, ne réagissait plus, en état de choc. D'autres fois elle se mettait à hurler, terrorrisée, lorsque quelque chose ou quelqu'un la frôlait... Je crois que le plus poignant, le plus lourd à porter, c'étaient ses yeux. Des yeux qui exprimaient tantôt la gratitude, tantôt l'incompréhension puis l'affolement, une douleur terrible, une détresse sans bornes...

On pourrait penser que, dans un rêve, les sentiments et émotions étaient atténués ; ne croyez surtout pas ça. Bien au contraire...et cela continua après mon réveil. Chaque fois que j'y repensais, des mois plus tard, je revivais ce ressenti intensément, précisément, comme quand on regarde une partition et que la musique revient d'elle-même dans la tête avant qu'on ait besoin de lire... Et chaque fois plus fort, plus profondément, plus douloureusement, pour surmonter l'horrible effet de l'habitude ; c'était comme retourner un poignard dans une plaie, comme remuer le lait qui chauffe pour éviter qu'une croûte se forme au fond de la casserolle. Augmenter chaque fois le seuil de tolérance... A l'époque, je n'imaginais pas encore la solution d'écrire pour exorciser ; s'il en avait été de même pour le reste, je ne sais pas où j'en serais aujourd'hui (ou plutôt si, je ne le sais que trop bien...)

Je n'ai rien écrit là-dessus de satisfaisant à ce jour. Mais il faudra bien que je le fasse ; car comme vous le voyez, j'y pense encore. J'y ai gagné d'ailleurs un blindage ; le plus dur, parfois, c'est de s'en affranchir...

Gatrasz.

Publié par Gatrasz à 10:50:21 dans Filth and Creations... | Commentaires (7) |

L'instant où finit l'Eternité... | 12 décembre 2006


Imaginez la scène : c'est la fin du Monde tel que vous l'avez toujours connu, l'avènement triomphal des grands bouleversements historiques. Beaucoup de gens ont laissé leur peau dans le choc, victimes de leur incrédulité. Vous êtes en quelque sorte un rescapé, un réfugié. Debout, dans un champ, avec une poignée d'autres, les Bons ; il y a quelques retardataires aussi. Vous êtes sur le dos d'une colline, comme sur la crête d'un saurien gigantesque dont la tête et la queue ne seraient, à présent, même plus visibles. Vous vous trouvez en face d'une limite tangible, un muret de pierre sèche... Derrière vous, le Néant et la Destruction qui avancent par vagues pour bientôt vous rejoindre ; devant, le Monde de l'Inconnu, celui où tout est possible et redoutable parce qu'on ne le connaît pas. Personne n'en est jamais sorti ; comme du Néant d'ailleurs, mais ça n'est pas le Néant. C'est même tout le contraire...

Ce qu'il y a quand vous regardez derrière, c'est la Guerre, la Mort qui progresse en ondes successives, tout comme un immeuble qui s'effondre, étage par étage. Là, c'est le sol qui se volatilise dans votre dos, kilomètre par kilomètre. Il arrive qu'une ou deux silhouettes surgissent de la base du phénomène, fuyant vers l'endroit où vous êtes. Puis tous descendent de leurs voitures et restent debout dans l'herbe.

En avant de vous, c'est ce qui vous a toujours semblé inquiétant ; de grandes formes translucides, indéfinissables, qui se mélangent, blanches, comme une aurore boréale ; c'est la Matière intangible, l'Ailleurs concrétisé, le non-dit. Votre esprit vous sussure à l'oreille que là aussi sont les fantômes, les spectres d'une pâleur éblouissante aux yeux comme des ombres, qui cherchent à aspirer votre âme pour s'en repaître, et ainsi nourrir leur chair hallucinatoire. Vous sentez la menace des Monstres, des abominations qui dépassent en horreur toute créature mortelle ou issue de l'imagination la plus fébrile... Vous n'avez aucune idée de ce que sont ces...Choses, et c'est ce qui pour vous leur donne vie. Ils sont là parce qu'ils pourraient bien exister, voilà tout ; c'est le réceptacle de vos terreurs intimes, mais aussi celui des peurs collectives, celles qui vous furent inculquées par les Ministres incultes de vos Dieux stériles. Le refus culturel de l'incertitude non-maîtrisée...

Il vous faut maintenant choisir ; ou bien plonger dans les mystéreuses lumières qui, bien qu'immobiles, tremblent, étrangement floues devant vos yeux ; ou bien bondir en arrière, être aspiré par le cataclysme de Destructuration irréversible où toute chose se disperse dans l'inexistence et le grand Désordre du Vide... Ne rien faire ne serait pas une solution : vous savez que vous êtes sur la tranche, la zone de fracture, le champ de bataille. Si vous restez là, vous serez écasé, distordu, broyé entre les deux Forces qui convergent irrésistiblement vers la cicatrice de pierre que vous apercevez, à quelques mètres de vous. Lorsque cela se produira, vous serez définitivement bloqué dans l'Incertitude et l'Indécision, la souffrance éternelle et infinie. L'errance dans les limbes comme une âme en peine...

Moi, j'ai déjà choisi ; je veux connaître l'Inconnu, affronter l'Invisible plutôt que d'attendre la Dislocation finale. J'irai vers l'Interdit, quitte à emmerder les Prêcheurs qui nous imposent la soumission aux Puissances trop sombres du défaitisme, et pour conserver un soupçon de chance de voir ce que sera la Suite. Mais avant de partir, passeur dérisoire, je me retourne et je vous tends la main ; allez-vous me suivre ? C'est à vous de choisir, à présent : la lutte entre le Bien et le Mal, c'est un combat que nous mènerons plus tard, si vous décidez de me rejoindre ; la Pureté et l'Innocence n'ont ni fin ni solution à vous offrir, et les Regrets vous oblitèreront. Reste à savoir ce que Vous, vous voulez...

Gatrasz.

Publié par Gatrasz à 09:59:38 dans Rêves (Sur)Saturés... | Commentaires (10) |

[On The Road Again] Voyageons Léger(s)... | 11 décembre 2006


"When i walk on the city pavement
It's like a trigger going off in my mind"
THE SUBWAYS, "City Pavement"


Pour ceux qui ne l'auraient pas encore remarqué, j'ai envie de souligner aujourd'hui mon côté "Globe-trotter"...

Je marche, je marche ; j'aime le train aussi, (même lorsque le TGV a 2 heures de retard^^) les gares sont mon univers. Un petit côté squatteur, aussi ; mais squatteur gentil, je ne fais pas de bruit, on en oublierait presque que je suis là...

Mon prochain départ : le 21 Décembre, pour un squatt à Paris jusqu'au 25 (et pourquoi pas plus, si affinités avec de gentils hébergeurs^^)... Comme mon agenda est encore tout vide, n'attendez pas pour vous signaler, si vous voulez qu'on aille boire quelque chose ensemble :)

Et si vous croisez dans Paris (ou ailleurs^^) ces vacances un vagabond aux vêtements usés, portant en bandoulière, d'un côté une vieille sacoche, et de l'autre un carton à dessin(s), n'hésitez-pas à l'emmener boire un café, c'est peut-être moi :) Et pis, si v'zavez un peu de place chez vous... (et si vous êtes ailleurs, dans une aut' ville, pas de complexe, essayez quand-même !)

Je vous aime...

Gatrasz.

Publié par Gatrasz à 10:06:59 dans Carnets de Roots... | Commentaires (12) |

Quand les grenouilles auront des dents... | 08 décembre 2006


Je ne sais pas
Où mes pas peuvent me mener ; cette ville
Est trop petite pour moi...
Je voudrais
Des rues et des ruelles qui se croisent
Dans un éclairage défaillant, sous une bruine persistante
Me perdre
Marcher au milieu de la route...
J'ai besoin de solitude
Pour oublier les remarques omniprésentes, les murmures
Assourdissants
Je suis bien sous la pluie, tout me semble beau ainsi
Même moi...
Je rêve d'amour
Dans une laverie automatique
Seuls, tous les deux
Sur le carrelage douteux et froid du sol et des murs
Oublier dans tes yeux qui je suis, ou qui je ne suis pas
Lentement, nous déchirer
Sentir tes dents, une à une, et laisser mes marques
Sur ta peau blanche de petite grenouille malade d'exister...
N'être rien pour les autres
Tout pour toi, pour moi
Exister seulement pour aimer
Souffrir pour exister
Par ma douleur, je t'aime
Sans tes ongles, je ne suis rien...
Ma peau étouffe de ne rien sentir, qu'on ne la touche pas
C'est en dessous que ça se passe
Juste en dessous
Sous la peau, affleurent les nerfs
C'est pour ça que je n'ai pas mal
C'est cette force que j'ai en moi qui me ronge
Parce que je refuse de la laisser sortir
Elle se venge de mes peurs...
L'influx nerveux va dans le mauvais sens
Le cerveau dit "je souffre", et les nerfs simulent
Et c'est mon corps entier qui ne comprend plus,
Qui me rend fou
A présent, mes veines ont cessé de gicler
Sur toi
La fatigue est tombée sur moi
Comme un plafond qui s'écroule...
Overdose électrique
Les joints du carrelage ont rougi
Et je n'ai plus froid...
Tant pis.
On recommencera demain.

Gatrasz.


Publié par Gatrasz à 10:04:24 dans Trash and Chemical Kisses... | Commentaires (19) |

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