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Carnets de Gatrasz...

Primitif urbain [ tendance 'parfois désespéré' ] '' Stone Dead Tripper '' Scimmia...

Ton Haleine Au Chocolat... | 15 janvier 2007


"Tu sais, c'est un réel plaisir d'avoir le c*** mouillé en ta compagnie..."
"Merci ; plaisir partagé, je t'assure..."

Cette fille, dans le bus, elle avait les mêmes yeux qu'Elle ; ce regard un peu trop sérieux, un peu triste aussi. Ce regard qui à chaque fois me fout par terre... Je voudrais les faire sourire, toutes ; et je revois les étoiles dans Ses yeux, Ses jambes comme celle de mon dessin (l'inconscient qui parlait)... Et puis flûte, je ne sais même pas quoi lui dire...

J'ai peur, je vais me cacher.

Gatrasz.

Publié par Gatrasz à 13:02:49 dans Ombres DePression... | Commentaires (7) |

Indochine 1954 - Episode 4. | 12 janvier 2007


Indochine 1954 - Episode 4.

En début d'après-midi, Henri était de nouveau sur l'aile métallique couleur bleu-nuit d'un Bearcat pour sa seconde patrouille de la journée. Bouclant tranquillement les sangles de son parachute, il n'accordait pas un regard à son chef de patrouille qui s'harnachait de même dans l'alvéole d'à côté. Il ne le connaissait pas vraiment, ce jeunot de capitaine Le Glaec, qui débarquait de la métropole. Hasnel, lui, était né ici, en Indochine, alors ça lui faisait tout drôle de survoler son propre pays sous le commandement d'un Breton. Pas un mauvais gars au fond, Le Glaec ; mais aujourd'hui, Henri Hasnel trouvait la situation plutôt incongrue, allez savoir pourquoi. Avait-on idée, franchement...

En vol, il tâcha de bien "coller" au chef ; en tant que nouveau, Le Glaec était sans doute bigrement attentif à ce genre de détail... Mais il n'eut pas à faire le beau bien longtemps, car la zone de patrouille était à moins de trois minutes de vol ; Diable, elle se rapprochait toujours, rampant dans les collines, sous la végétation, comme une inondation. Le premier éclatement de D.C.A. surprenait à chaque fois ; après, c'était la routine, piquer sur la cible désignée par le chef ou par la radio, et balancer ses charges incendiaires. Puis remonter en zig-zag, en espérant ramasser le moins de mitraille possible, voire pas du tout ; ça devenait presque un tour de force, avec la concentration croissante des batteries. Il ne s'agissait plus guère d'habileté, à ce niveau-là, mais tout bêtement de chance. Bang ! Henri sursauta ; ça y était, le premier coup était tiré, le reste allait suivre. Le Glaec se mit à battre des ailes, pas décontenancé pour si peu, et indiquant son objectif, il piqua. Quelques éclatements, plutôt vifs, l'encadrèrent juste avant qu'il ne largue ses bombes. Hasnel l'imita, plongeant gracieusement vers la traînée de feu qui marquait maintenant le sol comme une grande langue démoniaque. Au dernier moment, une pression sur le bouton de larguage, une traction sur le manche, de toutes ses forces, et hop ! songea-t-il, vers le ciel, avec quelques coups dans le palonnier pour que l'avion se dandine un peu, tout fier de dérouter les pointeurs de D.C.A., et s'enfuir lâchement une fois son forfait acccompli. Retrouver Le Glaec et aviser pour la suite... Le chef parut d'avis de rentrer, peu désireux de narguer les obus qui l'encadraient encore, et Henri se dit que c'était une conduite sage. Il rectifia la position dans la formation, histoire de tenir son rang. De la part d'un autre, ça l'aurait bien fait rire ; mais bon, tout bien réfléchi ce n'était pas si idiot que ça de s'en tenir au règlement de temps à autre, ne pas toujours faire le malin...

A peine eut-il pris sa position qu'il se sentit stupide, cependant ; et il eut envie de se frapper la tête contre le tableau de bord. La fierté de respecter le manuel... Si Le Glaec était un gars bien, il s'en ficherait complètement ; au mieux, ils en riraient...

Gatrasz.

Publié par Gatrasz à 15:09:15 dans Aventures Scripturales... | Commentaires (3) |

Boutique, tic tic tic... | 11 janvier 2007


En ce moment, vous l'aurez remarqué, pas beaucoup de "plats du jour", de posts d'humeur je veux dire ; mais c'est normal, et ça reviendra. C'est à dire qu'en ce moment j'ai pas trop d'inspiration à court terme, c'est soit instantané soit en feuilleton-feuilleté... Régalez-vous si vous aimez...

1. Deux amoureux devant une boulangerie, sous la pluie ; la quarantaine, insouciants. Seuls dans la rue sous l'averse, ils s'embrassent goulûment devant une boulangère à la mine réjouie. Puis l'amante se tourne vers la commerçante :
"Une bouteille d'eau, s'il-vous-plaît... Une petite bouteille, oui..."
Et pendant ce temps-là, la pluie ruisselle dans ses cheveux.

2.
"Boutique, tic tic tic...", fait un gamin à sa mère ; "Dis Maman, tu crois qu'un jour on ira ?"

3. Je suis tout trempé, un jeune homme vient vers moi :
Lui :
"Salut garçon, j'me présente, j'suis magicien. Un centime dans mon chapeau, et j'exaucerai ton voeu !"
Moi :
"Euh, c'est à dire que..."
Lui :
"Pas gave, garçon ; écoute, voilà c'qu'on va faire : j'vais te donner 2 euros, tu les r'mets dans l'chapeau et tu fais ton voeu, ça marche ?"
Moi :
"..."
Ting ! Smack... (il m'embrasse sur le front en prononçant sa formule magique)
L'eau dans mes yeux, je ne sais plus si je pleurais ou si c'était la pluie...

Et des sourires, et des sourires...

Gatrasz.

Publié par Gatrasz à 13:02:38 dans Ombres DePression... | Commentaires (18) |

Indochine 1954 - Episode 3. | 10 janvier 2007


Indochine 1954 - Episode 3.

Ces virées en ville, Henri Hasnel les faisait aussi pour se trouver, comme chaque fois, quelqu'un à écouter. C'était plutôt ça, son truc. Ecouter les gens ; il n'avait rien à leur dire, pas de conseils à leur donner. Juste des yeux grands comme ça qui lui donnaient l'air attentif, et puis l'envie de ne pas réfléchir, d'écouter juste des problèmes auxquels il savait ne rien pouvoir changer. Cela lui donnait du détachement, l'impression d'être moins impliqué. Et pas de regrets...

Cette fois-çi, au lieu d'un collègue ivre ou d'un journaliste complètement usé par l'accumulation des horreurs et l'expatriation, ç'avait été l'infirmière. En fait, il la connaissait ; c'est à dire qu'il l'avait déjà croisée quelquefois, à l'infirmerie ou au mess, mais ils n'avaient jamais pris le temps de faire connaissance. Il ne savait même pas son nom ; alors que, pour lui faire honte, elle devait bien savoir comment il s'appelait. Mais, sans doute par délicatesse, elle continua de l'appeler "Lieutenant" tout au long de la soirée... C'est qu'elle en avait, des choses à dire, cette jolie brunette aux yeux vert pâle, et à la peau claire qui supportait mal le soleil. Des choses banales que connaissait n'importe laquelle de ses consoeurs, ce qui coupait court à toute discussion parce que, quand on sort, c'est plutôt pour se changer les idées ; tandis que lui, il ne savait pas, il n'aurait pas l'impression de se voir rattrapé par le travail et la routine du quotidien. De son côté, il savait qu'elle en avait besoin, comme les autres, de cette écoute. Il savait aussi que pour tout le monde, il avait l'air de se sacrifier, mais peu lui importait : même, ça lui plaisait assez d'avoir cette image-là. Et puis surtout, ça paraissait bien lui plaire, à elle. La petite infirmière... Elle, qui lançait des coups d'oeil vers ses deux compagnes de sortie, l'air de leur dire : "Vous voyez ? Y'en a un qui m'écoute..."
Deux ou trois fois, elle avait bien essayé de le faire parler ; et sans doute que d'içi la fin de la soirée elle essaierait encore. Mais il n'avait pas l'intention de céder, sûr de n'avoir rien à dire, et il riait en secouant la tête. "Non... Vous voyez, je ne trouve rien à dire... Mais non... Si, si, je m'intéresse à... Mais puisque je te le dis !" Et l'échange progressait ainsi, toujours plus avant dans les confidences de la jeune femme et dans les attentions qu'il lui portait. Jusqu'à ce qu'ils quittent la boîte tous les deux, et qu'ils regagnent la base par leurs propres moyens. Là, ils avaient avisé ; à cette heure-çi ils seraient tranquilles, plus personne à l'infirmerie : pas de blessés. En ce moment, il n'y avait que des morts ; mais on ne les mettait pas là...

Gatrasz.

Publié par Gatrasz à 10:21:09 dans Aventures Scripturales... | Commentaires (18) |

Indochine 1954 - Episode 2. | 09 janvier 2007


Indochine 1954 - Episode 2.

Henri Hasnel eut une pensée pour l'équipage du C-47 arrivé le matin, qui grillaient une cigarette pendant le déchargement de leur avion miraculé. Eux étaient passés ; mais il leur restait à accomplir le retour sur Saïgon, tout aussi risqué si ce n'est plus car la fin de la mission approche, la tension se relâche et il devient tentant de baisser sa garde. Parfois aussi, les nerfs flanchent, on meurt en temps de guerre pour des raisons toutes bêtes ; on oublie de sortir le train d'atterrissage, on oublie de contrôler son altitude avant une manoeuvre...

Comme il arrivait près des baraquements, il croisa un petit groupe de personnes ; parmi eux, la jolie infirmière avec qui il avait passé la soirée d'hier. Il ne réussit pas à lui renvoyer le léger sourire qu'elle lui adressa ; pas le temps, pas vraiment revenu, pas encore décompressé. Il fallait auparavant passer l'épreuve du débriefing. Son équipier et son chef de patrouille étaient déjà dans la salle lorsqu'il entra ; il se joignit au groupe, pour répondre aux questions pressantes du Commandant et de l'officier de Renseignement, pointer sur la carte la position approximative des nouvelles batteries anti-aériennes disposées par l'ennemi. Il y en avait une, deux, trois, quatre à chaque sortie ; toujours quelque chose à dire, à changer.
La veille, il s'était octroyé une virée en ville avec ses camarades de l'escadrille ; un club où les aviateurs étaient reçus comme des demi-dieux, du moins se plaisaient-ils à le croire pour la plupart. Beaucoup préféraient ne pas se demander si le sourire des serveurs asiatiques disparaissait lorsqu'ils avaient le dos tourné, si les informations qu'ils lâchaient sur le bar tombaient dans l'oreille intéressée de personnes intéressantes pour les gens du contre-espionnage. Henri, lui, ne se sentait jamais très à l'aise ; alors il choisissait de se taire et de ne pas boire au-delà de certaines limites. Une sorte de soupçon perpétuel, qui le faisait passer pour un névropathe, taciturne et renfermé. Passer toujours pour celui qui va craquer, se tirer une balle, se faire sauter le caisson. Lui au moins, songeait-il avec une ironie féroce, ne ferait pas d'éclat, pas de scandale à la sortie...
Mais il venait quand même, parce qu'il n'aimait pas boire seul. Planquer une bouteille dans son paquetage, la descendre seul dans sa chambrée, pour lui c'était un peu comme inviter le Diable à trinquer, se donner rendez-vous en Enfer la prochaine fois... Et ça, à savoir définir son Destin et tracer sa route, un itinéraire définitif, quel qu'il soit, ce n'était pas du tout son truc.

Gatrasz.

Publié par Gatrasz à 15:25:56 dans Aventures Scripturales... | Commentaires (9) |

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