• Le Bon Choix... [2ème Partie]



    Des insultes, il y en avait aussi dans la voix qui m’aboyait dessus, en persan, tandis que son automatique me glaçait la nuque. Plaqué au sol, des genoux écrasant mon dos, je crus qu’il allait m’arracher les bras. La morsure des menottes dans la chair de mes poignets m’aurait presque fait sourire...

    Dans ma pauvre cellule, au secret, j’attends mon sort. Ma confession est là, tout autour de moi, comme si je l’avais écrite -
    c’est ce qu’ils ont dû faire, d’ailleurs. Et la publier, partout... Je pouvais faire quoi ? Me taire ? J’y ai pensé, pour protéger Anna ; mais ils la tenaient déjà. Alors, à quoi bon... Avec un peu de chance, ils lui relâcheraient la pression si je parlais, c’est en tout cas ce que je m’étais dit.

    Anna. On avait passé du sacré bon temps ensemble ; la vraie vie d’espion, comme on la rêve. La vie sans limite, les boîtes secrètes et illégales dans les sous-sols de la capitale iranienne ; se défoncer, monter un faux dossier pour un article bidon sur la jeunesse contestataire... Faire le jeu du régime, en fait, en opposant rigueur et dépravation, l’ordre et la rébellion. Rentrer à l’hôtel officiellement, en ressortir officieusement sans les caméras. S’éclater. Baiser. Un peu en retrait derrière les barreaux de ma cage, je les regarde emmener ce joli corps qui s’est allongé dans mes souvenirs mais ne se lèvera jamais plus. Elle n’a pas parlé, elle ; on ne la retrouvera pas. Ils l’ont affublée d’un 'tchador' pour qu’on y regarde pas de trop près. Et puis ils la balanceront quelque part, ou bien ils l’enterreront, anonyme, vite oubliée. Sur la longue liste des journalistes emprisonnés, disparus, irrémédiablement perdus dans les remous d’un trop gros poisson... Et moi ? Je ne sais pas. J’attends, en me demandant si maintenant, j’ai vraiment envie d’en sortir. Je ne sais pas. Non. Je ne sais pas...

    * * *

    Aujourd’hui, je sais. Je revois le visage rieur de l’interprète, qui me postillonne au visage avec la sentence les vapeurs d’un truc qui n’a rien à voir avec le thé traditionnel ; et le sourire bien plus franc de celui qui le manipule. Grimace carnassière, qui n’a pas besoin d’en dire bien long :
    qu’il aille donc crever chez les siens, le chien d’occidental. C’est vrai, ça, et c’est malin. Avec ma mignonne face de traître sur la couverture des magazines et ma confession dans les suppléments du dimanche, j’aurai droit à un accueil spécial. Si je rentre. S’il vous plaît, gardez-moi ! Je resterai bien sage dans ma cellule, sans faire d’histoires... Rien à faire. L’envie de les traiter d’assassins m’effleure, puis me quitte en même temps que mes dernières forces : ça ne leur apprendrait rien. Le terme, c’est eux qui l’ont inventé ; l’exécuteur en revanche, leur sera tout à fait étranger. Je soupire, et me laisse entraîner ; mes espoirs à présent se raccrochent à une ultime chance, celle là même qui sera l’ultime menace : l’INCERTITUDE.

    (à suivre)


    Gatrasz.


  • Commentaires

    1
    Vendredi 20 Novembre 2009 à 07:41
    Je parie...
    ... que ça va très mal se finir, cette histoire ! J'ai bon ? :~)
    2
    Vendredi 20 Novembre 2009 à 08:23
    Patience
    Vaut mieux attendre. En ce moment l'Iran perd ses polices ;^)
    3
    Vendredi 20 Novembre 2009 à 16:58
    @SF & TB :
    ...ça se passe déjà très mal, non ? En tout cas, pour ses photos c'est rapé, 'y-rend' pas beaucoup, son appareil^^ (pas mal , le 'Persépolis' !)
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