• Cette année-là, ils étaient 3 amis dans ma promo ; tous des naturalistes pure souche, qui regrettaient de n'avoir pas vécu au temps de Bougainville et des grandes expéditions cartographiques. Chacun voulait par-dessus tout exprimer sa conception du monde, utiliser au mieux ses capacités pour comprendre et faire comprendre sa vision toute personnelle des choses.

    T
    héo était le scientifique de la bande ; pour lui, tout s'expliquait par une formule, par un raisonnement logique, du mouvement des astres aux mots des personnages bibliques. Il voyait l'Univers comme une construction de briques toutes semblables, pourvu qu'on veuille bien les imaginer dans leur microcosme mathématique. Il admettait des exceptions, mais rien de ce qu'il ne pouvait expliquer ne l'intéressait. Le mystère, il n'en avait cure...

    A
    ntonio, c'était l'artiste, le dessinateur du trio. Il capturait dans un étroit filet tout ce qu'il voyait, pour en restituer les formes, selon l'interprétation qu'il en avait fait, d'un coup de crayon relativement habile. Rien ne lui faisait peur : ni un visage, ni un objet, ni un paysage. Il gravait à la surface du papier le monde tel qu'il le comprenait, bestiaire fantastique entouré de jungles touffues, que couronnaient des cieux fantasmagoriques et de hauts pics enneigés. Ce qu'il crayonnait vivait, même si ce n'était, parfois, que dans sa tête à lui.

    G
    aspard...c'était un autre genre de phénomène. Ce qu'il voulait, c'était comprendre l'intérieur des choses ; lorsqu'il regardait quelque chose, il était à la fois dehors et dedans. Aucun système, politique ou mécanique, ne l'intéressait s'il ne pouvait en pénétrer les plus intimes rouages. Il écorchait, il disséquait ; j'ai toujours dit qu'il devait être un peu timbré. Il étudiait la Terre et les gens comme il aurait ouvert la carcasse d'un poulet, ou celle d'une baleine échouée sur la plage. Souvent aussi, il choquait ; j'ignore comment ses amis faisaient pour ne pas s'en formaliser. Ce qu'il cherchait ? Je me le demande ; peut-être bien, en fait, le mécanisme secret de l'existence...

    Et
    moi ? Oh, oui j'en étais, de cette promo ; mais ce n'est pas de moi qu'il s'agit de parler ici. Ou plutôt...si, effectivement. Enfin, d'une certaine façon, c'est ce que j'ai fait...

    Gatrasz.


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  • C'était le week-end dernier, je n'avais pas remarqué la publicité - plutôt discrète en fait, il valait mieux être un initié. Et puis en allant faire mes courses, j'ai entendu une sorte de vrombissement d'avion de chasse... et aussitôt manqué d'être renversé par une Ferrarri. Ouaip'. Mon nouveau quartier, pourtant, ce n'est pas le genre d'endroit où ce type de véhicule squatte le macadam impunément ; si on en voit c'est soit que le type s'est perdu, et alors il ne sait pas encore ce qui l'attend, soit qu'il s'est déjà fait tirer sa bagnole. Dans tous les cas, elle ne restera pas longtemps intacte par ici, c'est sûr... Je me suis dit : « Tiens, c'est marrant ça, pour écraser un Gat' on peut utiliser une Ferrarri comme presse-purée ». Et puis je suis entré dans la supérette, en me demandant si ça ferait plus classe de mettre du beurre plutôt que de la margarine dans mes pâtes. (Douteux) En ramenant mon butin à l'appart' - hum, faire les courses pour deux, c'est vachement plus lourd, dis - j'ai à nouveau manqué de me changer en crêpe de luxe. Pour le coup, ça n'était pas normal : c'était encore une Ferrarri, mais ce n'était même pas la même ! Bondissant en arrière pour sauver au moins mes oeufs, je me suis heurté à une pancarte disant : 6 et 7 septembre, Jubilé Du Deal au Parc des Expositions. Ah, tiens...

    En fait, c'était vachement cool comme truc ; un peu '
    étalage de matériel pour nouveaux riches qui se la pètent', un peu réunion de famille à l'italienne. Des chapiteaux abritaient qui des motos japonaises flamboyantes, qui des voitures de sport rouge vif - vous savez, larges comme un semi-remorque, hautes comme une tondeuse à gazon et chères comme une villa sur la Côte-d'Azur -, qui une mamma en Ray-Ban faisant chauffer la bolognaise dans une grosse marmite. Quoique, les temps changent, après tout, c'était peut-être un couscous géant... Pendant ce temps, des petits vieux en chemise rayée et lunettes (aussi) discutaient le coup sous des parasols bigarés, autour de petites tables et de glacières bien garnies. Les jeunes étaient attroupés soit autour de leurs voitures pimpantes, soit près du stand où Damien-Saïd, le petit-neuveu de Tonton Marcello, reprenait avec son groupe - The Dark Flying Spaghettis - le générique du Parrain . Pour tout dire, une version au violon électrique pas tellement digeste... Moi, avec mon air de gosse de -pas- riche, je faisais un peu tache ; et puis j'avais oublié mes lunettes fumées, alors avec tous ces reflets de carrosserie je n'y voyais plus très bien au bout d'un moment. J'aurais bien balancé : « Le luxe, ça me dégoûte ! » avant de me barrer, mais quelque chose me dit que ça ne serait pas bien passé... Après tout, j'ai besoin de conserver ma gorge pour avaler les macaronis et les boulettes de viande; alors j'ai fait comme je fais toujours dans ces cas-là : je ferme ma grande gueule et je rase les murs. Gratis.

    Gatrasz.


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  • (La vie vue par un Anglophone à Paris qui n'a rien compris)

    Le Prince Tang : hantait primitivement les plaines de l'Asie centrale ; fils d'une princesse Annamite et d'un officier français d'Indochine, il arbore toujours de petites fleurs à sa boutonnière...

    E.T. : petit et râblé, il erre dans sa grande houppelande, à cheval sur une monture à deux roues vers les plages de Californie. Derrière ses lunettes de soleil, il cache une figure tannée par les UV et un corps qui a rétréci au séchage.

    Othon : guerrier à la robe mordorée, le galop de son cheval aux pieds boueux fait tomber des arbres les feuilles et les écureuils qui, inlassablement, protègent leurs récoltes contre sa venue. Celte d'origine, il débarque toujours à la fin des vacances...

    Haïver : héros mal-aimé issus des pays nordiques, il arrive au moment où personne ne l'attend (quand les petits Européens fêtent Noël). Ses armes redoutables sont des boules de neige qu'il jette au visage des enfants pour les étourdir.

    Ces 4 avatars se succèdent par cycles ; incapables sans doute de comprendre que l'union fait la force, ils réussissent chaque année l'exploit de ne pas se rencontrer (cela se joue souvent à un jour près, le 21 ou le 22 du mois). Les plus aimés sont le troisième et le premier, probablement parce qu'ils sont colorés.

    Gatrasz.


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  • Gatrasz.


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  • Non, je ne suis pas transparent ; quand je regarde mes mains, je les vois. Elles sont pâles, parfois un peu translucides aux jointures des doigts mais juste assez pour voir la lumière au travers. Avec l'hiver, elles se déshabillent de leur peau d'été qui s'écaille, se rompt aux craquelures et s'envole comme la poussière de ce morceau de vie révolu. Elles reprennent la couleur de la lumière, je crois que je suis un caméléon solaire ; me voilà tout imprégné de photons, je deviens médium, j'ai envie de transmettre autour de moi les rayons que je reçois comme un miroir amplificateur...

    Mais les gens défilent et s'écoulent comme une marée qui m'évite, comme un courant autour d'un rocher ; c'est un flot continu de silhouettes en accéléré, migrateurs pendulaires qui ne cessent jamais de courir le relais. Un jour j'ai essayé de plonger ma main dans ce flux mais j'ai failli la perdre, heurté de plein fouet par une navette. Il m'a fallu des jours pour retrouver la sensibilité dans mes doigts... Ils sont tous invisibles, ils ne réfléchissent plus la lumière mais l'aspirent comme des tourbillons, des trous noirs qui dévorent toute énergie passant à leur portée.
    Des vampires. Des créatures de l'ombre qui ne savent plus photo-synthétiser, des fantômes dont le spectre s'éteint quand ils ne consomment pas quelqu'un... Ils deviennent invisibles et fonctionnent au radar, sortes de chiroptères grégaires qui s'éclairent/se brûlent au laser et aux ultraviolets à défaut du Soleil qu'ils ne savent plus trouver. Percez les murs, ouvrez les toits ; je voudrais que mes cris soient des ultrasons qui fassent sauter leurs serres, qu'ils retrouvent un peu de chaleur, d'air, et le goût frais de l'atmosphère. Que les volets claquent sur leur transe de somnambules, et qu'ils s'éveillent de leur cauchemar à grande vitesse. Qu'ils ouvrent un peu leurs yeux, quoi...

    Gatrasz.


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