• Indochine 1954 - Episode 6


    Indochine 1954 - Episode 6 et Fin.
     
    Henri Hasnel se réveilla lentement, avec une drôle d'impression ; celle d'avoir dormi où il ne fallait pas, comme si le sommeil l'avait frappé d'un coup au plus mauvais moment. Un lourd et étrange sommeil... Et puis ce mal de tête, ce goût étrange, qui ne lui disait rien... Il se réveilla tout à fait en sentant les écailles de dents crisser dans sa bouche. Il vit le collimateur juste devant ses yeux douloureux, le tableau de bord où un peu de son sang avait coulé au milieu des cadrans brisés. Et tout lui revint en mémoire ; l'explosion, la panne de moteur de son Bearcat, le crash... Il voulut se redresser, voir où il était ; mais comme il raidissait ses bras pour trouver un point d'appui, il se sentit saisi aux épaules par une poigne de fer, et en même temps tout se mit à tourner autour de lui...

    Dans son délire, il voyait Luce ; il la voyait dans ce manoir du Périgord où elle lui avait dit qu'elle vivait. Il la voyait près de l'étang, dans ce parc qu'elle lui avait décrit, et dont il avait malgré lui imaginé la décrépitude dont elle ne parlerait jamais : le bois sombre et mal entretenu, l'odeur de mort qui flottait sur les dépendances en ruines... Il la voyait, elle, l'appeler depuis le fond de l'étang, son visage blanc sous l'eau trouble et glacée avec deux mains glissantes comme des ventres de poisson qui crevaient la surface pour l'y attirer...

    Il reprit conscience plus tard, dans ce qui lui parut être une hutte ; il pouvait voir le soleil dont les rayons filtraient en clignotant à travers le plafond de branchages, et ce spectacle l'hypnotisa pendant un temps qui pouvait se compter en minutes comme en heure, il ne savait pas... Il sentait bien que quelque chose n'allait pas, il se sentait...cassé, son corps ne fonctionnait pas normalement. Il avait probablement des fractures, des lésions internes ; il songeait sans s'affoler qu'il allait mourir... Henri fut tiré de sa torpeur par l'entrée dans la hutte de plusieurs personnes ; des silhouettes indistinctes qui parlaient un langage inconnu et tournaient autour de lui en faisant de grands gestes en élevant la voix. Finalement, ils le saisirent par les bras. Une douleur fulgurante le vrilla tandis que les inconnus le redressaient, mais il serra les dents et réussit à tenir bon sans s'évanouir à nouveau. Puis ils l'entraînèrent (le traînèrent, plutôt) à l'extérieur.

    Dehors, le soleil illuminait la place ; il vit un village au milieu des arbres, et toutes une foule d'indigènes formant un cercle qui se resserrait autour de lui. Cerné. On le traînait vers le centre de la clairière qui faisait office de coeur à ce pauvre village éphémère, et il vit tout de suite le poteau planté là. Il comprit : et ses jambes qui lui faisaient mal en heurtant les cailloux lui furent tout à coup bien indifférentes... Il se retrouva ligoté sur ce pilori primitif, et les hommes qui étaient venu le chercher s'agitaient à présent devant lui. L'un d'eux, qui malgré un aspect de vieillard possédait une force surprenante, avait tout l'air d'être un sorcier, et le montrait du doigt en jetant des imprécations à la foule qui ondulait autour de lui dans une danse infernale. Henri n'aurait ps su dire si sa vision se troublait, ou si les villageois s'étaient fondus en une masse compacte et bigarrée, sonore et mouvante comme les vagues sur une plage du Pacifique. Il se dit que c'était là un moment peu commun pour mourir, il aurait voulu pouvoir assister à tout ça comme à une fête donnée en l'honneur d'un autre ; il espérait presque voir la casquette d'un Viet fendre la foule pour mettre fin au spectacle et l'emmener dans un camp de prisonniers. Mais la casquette ne venait pas, et le sorcier tournait autour de lui comme un fauve en agitant au lieu de ses griffes un long poignard à la lame ondulée...

    Puis le mouvement de la foule, après s'être intensifié jusqu'à devenir insoutenable, s'arrêta d'un coup. Il y eut une onde de choc, comme si toute une armée de hallebardiers avaient en même temps frappé le sol du bout de leurs lances. Le sorcier s'immobilisa aussi et lui fit face. Et il se rapprocha d'Henri. Il avançait si lentement qu'il semblait devoir n'arriver jamais : et puis, après une éternité de mouvements indicibles, comme souterrains, il fut là. Henri Hasnel l'affrontait du regard, il cherchait ses yeux. Et il les trouva. Ce qu'il lut n'était pas ce qu'il pensait y trouver ; il ne vit qu'un regard direct et froid comme une lame, un regard hypnotique et terrifiant que rien ne pouvait arrêter. Il sentit ce regard qui s'enfonçait dans son âme, il sentit ses yeux transpercés par une volonté qu'il ne pouvait ni maîtriser ni comprendre. Il sentit juste que ce regard-là le détruisait de l'intérieur, il était déjà vaincu. Il était mort, déjà. Et c'est presque avec surprise qu'il vit, tout à coup, perplexe, le poignard sanglant et le rictus victorieux de l'Autre...

    Gatrasz.
     

  • Commentaires

    1
    Vendredi 11 Mai 2007 à 11:01
    coucou ...
    bou ... frissons bisous bisous
    2
    Vendredi 11 Mai 2007 à 11:07
    Coucou Miss...
    ...bah oui, faut bien de temps en temps. Bisous...
    3
    Vendredi 11 Mai 2007 à 11:09
    bonjour Gat...
    ben dis donc il y a a lire ce jour...et pas de dessin ?? mais bel écrit . Bizz à toi
    4
    Vendredi 11 Mai 2007 à 11:13
    B'jour Saxo...
    ...parfois ça se passe de dessin, oui :) Bises pour toi.
    5
    Vendredi 11 Mai 2007 à 11:21
    çà se
    passe de commentaire aussi tant les écrits sont fulgurant et prennent au ventre... baisers doux pour toi et paix pour Henri
    6
    Vendredi 11 Mai 2007 à 11:23
    Merci...
    ...paix pour tout le monde, ça ne peut pas faire de mal :) Baisers pout toi, Inconnue...
    7
    Vendredi 11 Mai 2007 à 11:30
    tu as
    raison, çà ne peut faire que du bien, pis merci pour tes baisers...
    8
    Vendredi 11 Mai 2007 à 11:41
    Salut Gat'
    Ouh la, ça sent le cochon grillé pour Henry :-)
    9
    Vendredi 11 Mai 2007 à 11:49
    Oui French'...
    ...je dirais même que ça se sentait depuis le début^^ B'jour Maître Frenchmat :)
    10
    Vendredi 11 Mai 2007 à 15:27
    Tu sais,
    t'es pas obligé de m'appeler Maître... enfin pas sur ton blog :-D
    11
    Vendredi 11 Mai 2007 à 15:46
    c'est vrai, French'
    ...les gens pourraient se faire des idées !! ;)
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