• Girls, Tequila & Old Guitar Blues... (2)


    II. GIRLS...

    J'avais emmené la belle Jess sans trop lui demander son avis ; au bout de trois kilomètres elle avait décidé de ne pas être d'accord, un peu à cause des vieux enregistrements sur cassette que je repassais à fond et - surtout - à cause de ce qu'elle soupçonnait sur les anciennes relations entre membres du groupe - mixte, faut-il le rappeler. Et très 'Rock'n Roll'. Bref, elle était fermement décidée à se sentir de trop et à le faire savoir. Cependant, la maison était loin derrière, mon enthousiasme de vieil arsouille en pleine montée, et j'avais bêtement dans l'idée qu'on s'amuserait malgré tout...

    J'y avais plus ou moins réussi, en tout cas au début ; très imbibé, je m'étais mêlé aux autres, retrouvant les vieux amis de l'Université. Changés, c'est sûr, mais aucun de nous ne voulait en parler. C'était le grand oubli, le plongeon essentiellement
    éthylique dans l'ancienne vie, celle qu'on ne mène qu'un temps mais qu'on regrette toujours. Je rappelais à qui voulait mes exploits déjà lointains, quand écrire une chanson me prenait une (courte) nuit, avec un dictaphone et une bouteille de whisky. Je mélangeais allègrement, à l'époque, contestation politique et fantaisie obscure, Poe et Karl Marx trônaient sur des piles d'illisibles feuilles de cours. Dans ma chambre, croquis anatomiques douteux et affiches de concert voisinaient aux murs... Cette fois-ci, quelqu'un avait loué les services d'une strip-teaseuse, que je pouvais voir s'agiter dans un coin de la grande salle de l'hôtel. Vers minuit, je sortis prendre l'air avec une part de quiche ; après quelques minutes, Marcus vint me rejoindre.

    «
    Alors vieux, tu fuis le retour du succès ?

    Ce n'était pas vraiment ça. On célébrait les anciennes gloires rock'n rollesques d'une joyeuse bande d'alcooliques, et ça n'allait pas plus loin. Ça me plaisait, c'est vrai ; mais je ne me sentais plus tellement apte à mener cette vie insensée, j'avais perdu le rythme. Récupérer demandait plus de temps, et demain le réveil serait difficile... Je vidai ma bière d'une dernière gorgée mousseuse.

    «
    Mathilde picole trop, lâcha 'Chief' en allumant une cigarette (une vraie, avec du tabac : je n'étais pas le seul à avoir perdu). Je ne sais pas ce qu'elle a ; je crois que ça la gonfle de repenser à tout ça. La vie rangée, on s'y habitue : c'est déprimant mais moins éprouvant physiquement. Seulement, regoûter aux vieilles drogues, ça réveille les vieux serpents de mer...

    J'étais bien d'accord ; j'avais toujours aimé jouer avec
    mes propres serpents de mer, comme il disait. Ça se ressentait dans mes textes, d'ailleurs ; mais cela relevait essentiellement d'une vieille curiosité morbide qui, si on n'y fait pas gaffe, vous attire au fond. Moi j'aimais bien, Marcus apparemment aussi - Lola, on n'en sait rien, elle n'était finalement pas revenue. Mathilde, en revanche, n'appréciait pas des masses, et visiblement Jess n'avait aucune envie de voir ressortir les miens. La preuve, s'il en fallait une, vint ensuite : des cris, et la call-girl, l'air ennuyé, qui sortait de la pièce pour aller s'en griller une en attendant que ça se calme. En fin de compte, nous apprîmes que Tilda piquait une crise de nerfs, menaçant d'assommer à coups de Gibson Les Paul quiconque voudrait lui prendre sa bouteille de Bourbon. J'essayai tant bien que mal de la raisonner - elle faillit me fendre le crâne. Jess surgit alors d'on-ne-sait-où, la gueule sinistre, et décida qu'elle s'en occupait. Je songeai qu'au minimum le goulot de la bouteille lui ferait un grand sourire au milieu du visage, ou qu'elle s'y casserait les dents. Assez inexplicablement, du moins pour un type aussi ivre que moi, elle réussit à calmer la guitariste au moyen d'un discours radicalement sexiste - où j'en pris pour mon grade.

    «
    Nom de Dieu, pensais-je, les filles... » ; et, baissant pavillon, je quittai la pièce avec une séduisante bouteille de tequila pour aller dormir.

    (à suivre)

    Gatrasz.


  • Commentaires

    1
    Andiamo
    Lundi 15 Décembre 2008 à 18:00
    Avant.
    La nostalgie n'est plus ce qu'elle était, repasser le film en arrière, pas bon mon frère, pas bon !
    2
    Lundi 15 Décembre 2008 à 18:06
    smiley
    calin (tu es majeur hein maintenant?)
    3
    Lundi 15 Décembre 2008 à 18:29
    @Andiamo :
    ...sûr, on peut dire que c'est un 'bad trip' ! :-) (en fait c'est un rêve que j'ai fait la semaine dernière)
    4
    Lundi 15 Décembre 2008 à 19:08
    @Jane :
    ...un peu, oui ! Smiley aussi^^
    5
    Lundi 15 Décembre 2008 à 20:31
    Au lit avec une bouteille ?
    Pourquoi pas : elle, au moins, on peut lui caresser le cul sans qu'elle rechigne. Et la migraine, elle se contente de te la refiler ! :~)
    6
    Lundi 15 Décembre 2008 à 23:44
    @Tant-Bourrin :
    ...c'est vrai, ça ! D'où l'intérêt d'avoir de la bouteille...
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