• [Evasion...] (2/3)

    Fond sonore : [Lee Ranaldo - Xtina As I Knew Her]

    I - La Loca ConquistadorA

    Que n'avais-je fait ! Mais je n'y peux rien: la lumière m'insupporte, un réverbère ça va, plusieurs centaines - certainement pas. Disparaître était pour moi depuis toujours une nécessité vitale, une échappatoire boulonnée à ma carapace comme les plumes aux ailes des oiseaux. J'avais pris la tangente, enfilé une rue adjacente... Ting ting ting ! Comme le son d'un triangle, cristallin, furtif, talons aiguilles ; elle était là soudain, accroupie devant moi, meurtrière ou fille de joie, au choix : poitrine offerte à l'avenant et la cravache entre les dents. Je suffoquai, comme si elle m'avait pris à la gorge ; je vis se dessiner sur ses lèvres un demi-sourire, puis elle s'approcha, tournant autour de moi comme une chatte autour de sa proie. Elle vint à moi, pauvre hidalgo, me colla d'un coup sec son talon pointu sous la jugulaire.

    "Ah, tu fais moins le fier !"

    J'étais raide. Pour reprendre mon souffle, j'aurais bien eu besoin d'un peu d'aide ; et pourtant sa généreuse poitrine, laissant présager d'une imposante capacité pulmonaire, ne me porta pas secours. J'avalai ma salive et lui demandai, prudemment, ce qu'elle voulait.

    "J'ai déjà ce que je veux, dit-elle en accentuant la pression du talon sur ma gorge. Tu ne le sais peut-être pas, mais les filles d'ici ont des droits. Des acquis sociaux, comme on dit ; à chaque passe elle peuvent choisir leur chéri. Moi, c'est toi ; suis moi donc immédiatement au lit."

    Inutile de prétendre lui échapper : je sentais sur elle le parfum capiteux de la mort, fasciné comme le premier indien voyant le Conquistador. Elle en portait l'armure, d'ailleurs, comme Klaus Kinski mais en plus joli, plus aéré aussi. Isadora Pizarriñha Cortés était son nom : elle me le glissa d'un contact humide à l'oreille, et je vis sous son casque poindre une mèche de cheveux dorés. Son corps, si près, m'ôta soudain toute envie d'incarner dans la fuite le fameux diacre Aguilar - je serais son esclave, et elle m'avilirait, me fouetterait pour son plaisir et ma contrition. Je sus aussi que j'allais mourir...

    (à suivre)

     

    Gatrasz.


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