• Dans Ta Gueule [d'Amour]...


         Pour mener sa petite expérience à bien, il avait besoin d'un chaton, une saleté de petite boule de poils qui fourrait son nez minuscule et ses grands yeux partout. Ça n'avait pas été dur à trouver, et il s'était aussitôt attelé à la tâche difficile (mais indispensable à ses projets) de l'éduquer. L'idée était la suivante : procéder à l'envers. Faire le pari que l'instinct serait moins fort que le conditionnement. Il présiderait au destin de son petit chat, en ferait sa Chose en lui apprenant que la Douceur était à craindre, la Colère à aimer, la Violence à encourager. Et la petite bête écoutait, tranquille. Bientôt, elle apprit à se cacher quand il souriait ou à venir à lui quand il s'énervait. La paix était pour elle une source d'inquiétude, les coups une marque d'affection qui lui arrachait des gémissements pleins de reconnaissance en même temps qu'elle léchait ses plaies... Puis elle grandit. Elle restait mince et fragile, sans doute (pensait-elle) parce qu'il l'aimait si fort... Mais tandis que ses hanches et sa poitrine de petite fille-chat s'arrondissaient sur son corps de ballerine, elle contemplait avec fierté, dans les flaques, le reflet de son petit profil dur. Elle avait envie de faire impression, même si elle se rendait bien compte que ses coups de dents et de poings pleins d'amour ne sauraient jamais égaler la violence de ses sentiments. Quittant le nid familial où l'amour paternel lui laissait de jolis petits bleus partout, elle alla se blottir dans les bras de grosses brutes capables, à son avis, de l'aimer encore plus ; car elle avait au fond d'elle-même envie de toujours plus d'amour, sans cesse. Cependant ses miaulements et ses bonds félins face à la force de ses partenaires ne surent pas la protéger de la surdose d'amour vache qu'ils lui donnaient à tour de bras, sous l'influence d'alcool ou de tout autre catalyseur. Ses membres craquaient et se brisaient à chaque round, ça lui était égal parce qu'elle se sentait aimée ainsi, choyée, dorlotée même lorsque ses amants la passaient à tabac... C'est son corps qui ne voulait pas comprendre, et la mettait au désespoir en multipliant les échappatoires vers l'hôpital le plus proche. Elle tâcha de le mater, se fit même mal exprès pour qu'il apprenne à être aimé, rien n'y fit. Elle crachait aussi parfois du sang et des boules de poils ; mais c'est normal pour un petit chat devenu jeune femme, et elle continuait à s'enfuir des chambres blanches et aseptisées où on la mettait quelquefois. Dans ce monde dédié au Plaisir, où la douleur est si mal vue, ça ne pouvait que mal finir. Un dernier mot d'amour et une mandale de trop la laissèrent sur le pavé, pantelante, désarticulée. En vrac, comme un poisson blanc dans l'eau rouge qui s'étale au milieu des fragments de son bocal brisé...

    Gatrasz.


  • Commentaires

    1
    Vendredi 7 Septembre 2007 à 14:03
    Salut Gat',
    Ah c'est bon ! Le Gat' est vraiment de retour :-)
    2
    Vendredi 7 Septembre 2007 à 14:21
    'lut French'...
    ...merci de m'en informer. Moi, je ne me quitte jamais, alors... ;)
    3
    lulu
    Vendredi 7 Septembre 2007 à 15:17
    ca me fait penser
    qu'il faut que je change l'eau du poisson, tiens !
    4
    Vendredi 7 Septembre 2007 à 15:20
    Wouaaaah...
    ...la pôv' bête...mets-lui de la 16 plutôt !
    5
    lulu
    Vendredi 7 Septembre 2007 à 15:22
    il est anglo-saxon
    il ne boit que de la Guinness...
    6
    Vendredi 7 Septembre 2007 à 15:29
    Mince...
    ...après, on ne verra plus le poisson ! :D
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